Pourquoi pas de tarif affiché
La première question qui revient, c'est celle-là. Et la réponse honnête n'est pas évidente.
Une heure de réunion d'équipe sur Zoom et une journée de formation technique pluri-jours en duo n'ont rien à voir. Ni en durée, ni en charge cognitive, ni en préparation préalable. Afficher un prix unique, ou même une grille standard, ne refléterait pas cette réalité — et finirait par produire soit des devis injustes pour vous, soit des missions mal préparées de mon côté.
À la place, un devis se construit en quelques minutes sur quatre facteurs simples. Les voici.
Facteur 1 — La durée
C'est la variable la plus directe. Une réunion d'une heure, une demi-journée, une journée entière, un séminaire sur plusieurs jours : la durée de présence effective est la base du devis.
Trois nuances à connaître :
- Une mission inclut un temps de préparation en amont (ordre du jour, vocabulaire, contexte) qui n'est pas visible mais qui fait partie du travail.
- Les missions très courtes (moins d'une heure) ont un seuil incompressible — le temps de connexion, de calage et de désengagement reste proche.
- Une demi-journée n'est pas tarifée à la moitié d'une journée — la productivité d'un interprète sur une demi-journée intensive est proche de celle d'une journée pleine.
Facteur 2 — Le contexte
Toutes les missions ne mobilisent pas la même charge de préparation. Une réunion d'équipe sur un sujet généraliste n'a rien à voir avec une mission médicale, juridique ou technique pointue.
Pour un contexte sensible, je peux passer plusieurs heures à étudier le vocabulaire en amont, à vérifier les signes spécialisés disponibles dans la communauté professionnelle sourde, ou à co-construire des correspondances avec le client sourd quand un terme n'a pas d'équivalent signé stabilisé. Ce temps de préparation fait partie de la mission, et il influence le devis.
Facteur 3 — Le format (solo ou duo)
Pour les missions courtes (jusqu'à une heure), un interprète solo suffit. Pour les missions denses ou longues — formation, conférence, séminaire, réunion de plus d'une heure sans pause — deux interprètes en relais sont nécessaires. Ce n'est pas une option de confort : c'est une recommandation métier liée à la charge cognitive de l'interprétation simultanée, bien documentée par la recherche en traductologie.
Le format double évidemment le coût en présence — il y a deux professionnels mobilisés au lieu d'un. Mais la qualité de la dernière demi-heure d'une formation de quatre heures dépend de cette rotation.
Facteur 4 — Les financements possibles
Si vous êtes employeur en France, vous n'êtes pas seul à payer. Trois dispositifs publics peuvent prendre en charge tout ou partie du coût d'un interprète LSF, selon votre statut :
- L'AGEFIPH pour le secteur privé, dans le cadre des aides à la compensation du handicap.
- Le FIPHFP pour le secteur public (administrations, collectivités, fonction publique hospitalière).
- L'OETH pour les établissements et services médico-sociaux à but non lucratif.
Ces dispositifs financent l'interprétation LSF nécessaire à l'exercice professionnel (réunions, formations, entretiens, médecine du travail). Le détail des conditions, des montants et des modalités de demande est expliqué dans l'article dédié aux financements.
Une fois ces aides déduites, le reste à charge pour l'entreprise est souvent bien plus modéré qu'on ne le pense en regardant un devis brut.
Comment ça se passe concrètement
Pour obtenir un devis, le plus simple est de passer par le formulaire de contact ou d'écrire directement à lucas.machut.ils@gmail.com avec ces éléments :
- La date et la durée prévues
- Le format (réunion, formation, entretien, etc.) et la plateforme visio
- Le contexte métier en quelques lignes
- Le nombre d'intervenants et la présence d'un ou plusieurs participants sourds
Réponse et devis sous 24 heures ouvrées, sans engagement. Pour une mission urgente (moins de 24 h), privilégier le WhatsApp pour gagner du temps de coordination.
- AGEFIPH — Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées. Dispositif de financement de la compensation du handicap dans le secteur privé.
- FIPHFP — Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique. Dispositif équivalent pour le secteur public (État, collectivités, fonction publique hospitalière).
- OETH — Obligation d'emploi des travailleurs handicapés. Accord de branche pour les établissements et services médico-sociaux à but non lucratif.
- Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 — obligation d'aménagement du poste pour les salariés en situation de handicap (article L. 5213-6 du code du travail).
- Sophie Pointurier (2014), L'interprétation en langue des signes française : contraintes, tactiques, efforts, thèse de doctorat, ESIT — modèle de la charge cognitive en interprétation simultanée et justification du relais en duo.
- AFILS — Association Française des Interprètes en Langue des Signes — recommandations professionnelles sur les conditions d'exercice (durée, relais, préparation).